Un jour je s’rai au Pèr’ Lachaise
Sous un vieil arbre aux feuill’s obèses,
À
méditer dans mon cercueil
Comm’ j’étais con et plein d’orgueil.
Aujourd’hui, j’suis bien dans ma chaise
Sous un bel arbre aux feuill’s obèses :
J’regard’ la mer les yeux ouverts
Et les oiseaux gris, bleus, jaun’s, verts.
Les fill’s qui pass’nt sur le rivage
Brill’nt comm’ le ciel qui n’a pas d’âge,
J’ai l’vit tendu comm’ du bois vert
Et les oiseaux vol’nt de travers.
Comm’ j’ai trop bu, j’vois les nuages
Briller dans l’ciel qui gueul’ sa rage :
C’est Zeus qui s’rase et c’est sanglant !
Il pleut du roug’, du ros’, du blanc…
Les seins des fill’s sont blonds comm’ neige
Sous le soleil qui tourn’-manège :
J’voudrais voir défiler mille ans
Leurs culs tout roug’s, tout ros’s, tout blancs…
J’voudrais bien tomber dans leurs pièges
Sous le soleil qui tourn’-manège,
Mais j’suis trop soûl pour t’nir debout,
J’pourrais mêm’ pas m’mettre à leurs g’noux.
Dans mon cerveau j’prépare des phrases
Qui sent’nt l’amour et puis l’extase,
Mais rien ne sort d’ma gueul’ de fou.
J’arriv’ mêm’ pas à m’mettre à g’noux…
Passez, les fill’s, qu’mon œil s’embrase
D’amour, d’alcool et puis d’extase !
Passez ! Comm’ vous, pass’ra l’été.
Car j’pense à votre éternité.
Et puis j’couch’rai avec les pierres,
Qu’ont l’con plus sec mais moins d’manières :
Ell’s qu’ont bien vu tout c’qu’a été,
J’envierai leur éternité.
Les fill’s j’les préfèr’ dans les livres,
Qu’ont l’con plus sec mais rend’nt plus ivre :
Tout c’qu’est réel n’est pas pour moi ;
Les vins d’l’au-d’là, c’est tout c’que
j’bois.
Les arbres dans’nt en plein’ lumière,
La fête oublie le cimetière,
Mais moi, la nuit, c’est tout c’que j’vois,
La vie d’l’au-d’là, c’est tout c’que j’crois.
Dans ma chaise aux form’s évasives
Mon ombre oubliera d’me survivre,
Le soleil luira sur les toits
Et à ma place, il y aura… quoi ?
Bientôt je s’rai au trou, à l’aise,
Sous un vieil arbr’ que le vent baise,
À
voir la mort les yeux fermés
Et les oiseaux tout déplumés.
Voilà, c’est moi.
Avec ma gueule de boue, ma gueule de bois.
Je sais, ces derniers temps, j’étais pas souvent là.
Et toi, je sais, tes soucis n’attendaient pas.
D’ailleurs, parmi eux, il y avait moi.
Mais je suis le train du soir.
Celui qui roule de nuit sans arriver nulle part.
Dans ta vie, je sais, j’arrive toujours en retard.
Je sais, je n’ai rien foutu contre ton gros caphard.
Depuis que je suis seul et ailleurs, j’ai la tête en passoire.
Mon train de vie, tu t’en tabasses.
Mon train, ma vie, il faut seulement qu’ils passent…
Nos cœurs toujours entre deux gares, hélas !
C’est ce qui nous égare et ce qui me harrasse
–
Hazebrouck, Béthune, Lens, Arras…
Paris, la sombre ville où vrombillent les vilaines gens;
Paris qui continue de t’en mettre plein les dents.
Et moi dedans.
«
Je parie qu’elle l’aime pour son argent…
–
Moi, je l’aime parce qu’elle rit à pleines dents. »
Une fois de plus, j’écris dans l’inquiétude.
J’ai peur que tu me quittes, comme d’habitude.
Tu ne connaîtrais pas mieux mon cœur après mille ans d’études
:
Malhonnêtetés, bassesses… tu les dénudes.
Et tu voudrais qu’avec les autres et moi-même, je sois plus juste
et plus rude.
Pour le moment, je ne suis pas là.
Tu ne veux pas forcément passer toute ta vie avec moi.
Vivement un courageux, un pas fumeux, un pas peureux, un homme quoi !
Et feu de l’inepte famille ! Vivement la paix sous mon toit !
Adieu l’œil gauche et égoïste qui dans mon cœur
ne comprend rien et ne voit pas !
Le petit bourgeois dans la vraie vie se fait taper les doigts.
Ce sera sa bulle ou moi.
Et s’il ne choisit pas, c’est qu’il n’est pas pour
moi.
Qu’ai-je à faire de son cœur si sa vie ne suit pas ?
Son train, sa vie, je ne les prendrai pas.
Mes larmes, cette nuit et toujours, je peux les boire par pintes.
Je n’ai pas oublié la plus petite étreinte.
La toile de ma vie, c’est avec toi que je l’avais peinte.
Et maintenant tu écouterais sans tristesse ni sans crainte
Se répandre tout en moi et sur toute la terre ma plus profonde, ma plus
terrible plainte ?
Avec sa robe à dix Euros
Et ses cinquant’ kilos de trop
Et ses seins qui font plein de plis,
Elle est plus bell’ que Grace Kelly
Ma cavalièr’ qui s’appell’ Grâce.
Mes amis l’appell’nt Bibendum,
Tant pis pour eux si j’suis l’seul homme
À avoir vu dans ses yeux verts
Le plus profond des univers,
Eux ignor’nt tout de la vraie grâce.
Au bal de mai sur la grand-place,
Elle fait valser ma carcasse,
L’accordéon gonfle d’amour
Ses sourires de Pompadour,
Elle tournoie : il faut la voir !
Avec sa robe à dix Euros
Et ses cinquant’ kilos de trop
Et ses seins qui font plein de plis,
Elle est plus bell’ que Grace Kelly
Ma cavalièr’ qui s’appell’ Grâce.
Mes amis l’appell’nt Notre-Dame
Parc’ qu’elle est comme un’ cathédrale
Aux épaul’s larg’s comme des tours
Et des gargouill’s pour tous atours,
Mais mes amis sont sans finesse.
Sur la grand-place, on a dansé
Et dans mon cœur elle a versé
Toute la tendresse du monde
Que déversaient ses formes rondes
Et ses rir’s éclatant d’ivoire.
Avec sa robe à dix Euros
Et ses cinquant’ kilos de trop
Et ses seins qui font plein de plis,
Elle est plus bell’ que Grace Kelly
Ma cavalièr’ qui s’appell’ Grâce.
Et puis, quand mes amis ont dit :
« La baleine t’attend, vas-y !
Va embrasser ses beaux fanons ! »,
Ell’ m’a regardé et dit : « Non,
La baleine quitte le bal… »
Elle est partie et j’ai eu mal,
Avec sa robe à cinquant’ balles,
Elle était plus bell’ que Kelly,
Alors j’ai dit à mes amis :
« Vous êtes des cons sans tendresse :
Avec sa robe à dix Euros
Et ses cinquant’ kilos de trop
Et ses seins qui font plein de plis,
Elle est plus bell’ que Grace Kelly
Ma bien-aimée qui s’appell’ Grâce. »
J’ai mis mon grand manteau de mer et de froideur
Sur mon corps frêle et nu;
J’ai mis mon grand manteau pour me plonger sans peur
Au fond de l’inconnu.
Mon amour était là, grelotant dans la nuit.
Ses yeux voyaient partir
Sous son manteau de mer l’amoureux d’infini –
Le voyaient s’engloutir.
Mon amour était là, frissonnant dans mon cœur.
Je l’entendais crier
Dans son manteau de nuit – celle que dans mon cœur
Je laissais sangloter.
Mon manteau s’est défait lentement – mon manteau
De mer et de froideur;
Mon manteau s’est défait déchiré par les eaux,
Ne laissant que mon cœur.
De mon corps frêle et nu ne restaient que les os,
Et la mort et l’horreur;
De mon corps frêle et nu engouffré par les flots
N’expiraient que des pleurs.
Mon amour était là, frémissant tout là-haut.
Je l’entendais prier
Dans son manteau d’horreur, tandis que sous les eaux
Mon cœur s’était brisé.
Elle était tout là-haut, sanglotant mon prénom,
Quand je me suis noyé.
Et maintenant la mer exhale mon prénom
En un souffle effrayé !
Voudrais-tu d’un garçon
Dont les petits yeux bleus transpercent l’horizon
- Des yeux doux et joyeux qui tueraient sans raison,
Frais comme des glaçons ?
Voudrais-tu d’un garçon
Dont les lèvres rient peu mais bercent l’horizon
- Des lèvres tendues comme l’arc de Cupidon,
Ces deux ardents tisons ?
Voudrais-tu d’un squelette
Qui valse contre toi et doucement chuchote
Ses cliquetis de l’Ombre et t’enserre, muette,
Contre sa cage ouverte ?
Voudrais-tu d’un squelette
Pour t’endormir plus près de tout ce qui t’inquiète
Et voir que son œil creux regarde à la lorgnette
Le destin qui te guette ?
Ô voudrais-tu, fillette,
Sentir dans ton sein triste éclater l’unisson
Des voix qui dans le cœur d’un malheureux poète
Ont pris cette chanson ?
Demain soir, Eulalie, rendez-vous vers onze heures
Dans ce pub enivré de verdâtres lumières,
Où le craic coule à flots parmi de grands miroirs
Qui enfantent sans fin leurs reflets de misère.
Je m’éprendrai un peu de tes longs cheveux noirs
Et mes yeux caressants mordront à tous tes leurres.
Demain soir, Eulalie, la Guinness ténébreuse
Glissera dans ta gorge et livrera ton âme
À
la flamme acérée de ses plus vieux désirs;
Ta voix s’enfoncera en moi comme une lame;
De ton corps oppressé tu voudras rejaillir,
Comme l’eau du rocher qu’un millénaire creuse.
Une musique forte et des rythmes terribles
Mêleront dans ton sang l’extase de la danse
Et l’effroi de la mort qui vient à chaque instant.
Mes mains froissées d’envie frémiront d’impatience
Mais un poison glacé les fixera longtemps
À
deux doigts de tes doigts, sur la table impassible.
Tes yeux, illuminés comme des émeraudes
Et des green rays perdus dans un fantasme antique,
Useront contre moi de leurs plus cruels coups,
Sans savoir pour un sou leur pouvoir maléfique.
Un serpent argenté brillera dans ton cou,
Cherchant à dévorer mon cœur qui, trop près, rôde.
Demain soir, Eulalie, tu seras une bête,
Dans le Mal éternel attisant ta jouissance !
Mais je n’oserai pas, ô reine d’une nuit,
Céder à tes appâts, ces gouffres de souffrance.
Je repartirai seul mourir d’un triste ennui
Et faire ma chanson, qui seule te tient tête.
Elle rêve, Aurélie, délicate et fragile,
D’oiseaux, d’îles, d’aurore et de chants chaleureux,
Mais dans son univers de songes amoureux
Roulent parfois des flots aux reflets moins tranquilles.
« Âme en peine », Aurélie, comme un oiseau gracile,
S’élève par moments dans des cieux glorieux
Où brillent ardemment des astres curieux,
Mais dans son univers, tout n’est pas si facile.
Allongée sur le lit de ses rêveries blondes,
Aurélie croit entendre un appel très lointain
Qui frémit et désire et enivre le monde :
Est-ce une fantaisie ou un nouveau matin ?
Elle sent dans son sein une humeur vagabonde;
Elle attend que d’amour toute son âme abonde.

« Paisible Loire »,
Dans ton miroir se mirent
L’histoire d’un pays
Et mon ennui.
Paisible eau noire,
Dans tes reflets s’étirent
Les regards éternels
D’un œil mortel !
L’envie de boire
Dans l’âme qui t’admire
Se noierait dans ton cours
Sans son secours…

« Plage déserte »,
Mon âme aussi regrette
Que ce qui a été
N’ait plus d’été.
J’admire à perte
De vue l’éprise experte
Qui sur la plage étend
Les yeux du Temps.
Là vont inertes
Nos souvenirs en fête
Qui s’enfuient en avant
Comme le vent.

L’œil de métal
Dans son orbe fatal
Happe l’œil d’une femme
Comme une flamme.
Dans ce foyer,
Le jour, l’œil et la lampe
Font briller la Beauté
Nue que l’eau trempe
Sous son peignoir,
À
demi dans le noir…
Mais où donc est parti
Arnolfini ?
Ô paresseuse, ô fine induvie - qui t’exposes
Au soleil, sur le fruit noirci comme un tombeau,
Tu te déploies, tu souris et tu te reposes;
Enveloppe extasiée, arbres devenus beaux !
Comme un rayon rempli de pitié pour les choses
Humaines, tu illumineras les barbeaux,
Et tu diras pourquoi les peurs ni les narcoses
N’ont point posé sur moi leurs stupéfiants sabots.
Illustre-moi tandis qu’agrippés sur des pages
Tes cercles de cobalt concentrent leurs images
Sur du safre et des muguets métamorphosés…
Illustre-moi… pour qu’un concept caniculaire
M’assomme la gestalt sans déflorer les claires
Chevelures semées par des doigts attisés…!
Huant, sous mon ciel lisse, un paysage mièvre,
Je me souviens d’un lieu où le vent ciselait
Sur le fond de mes yeux, que léchait une chèvre,
L’image in extremis d’une coulée de lait.
Le koumis sur ma lèvre avait des reflets faibles,
Comme le rayon pâle et tiède des soleils
Et comme les bouleaux couchés parmi la nèble ;
Moi, rempli de douceur, j’inventai mon sommeil.
Un vertige me drape en ses cent robes blanches,
Emportant loin de tout la candeur des frissons ;
Sous ma nuque vient croître un tapis d’orobanches
Et l’air serein me souffle un semblant de chanson :
«
Ne cherche plus le sein où ton amour se mire,
Ni la myrrhe et l'encens qu’exhalaient tes desseins ;
Ne cherche plus l’or blanc que l’algazelle admire :
Tout miroir s’est brisé dans des ciels assassins.
Danse ! Oublie ! Quand la lune adulatrice avance
Les dames-d’onze-heures jusqu’à ton front démis,
Libérant tour à tour tes cygnes et tes transes,
Apprêtant pour ta bouche un mamelon soumis,
Ne t’en va plus ouvrir, plein d’orgueil et sauvage,
Le ventre luxurieux des étangs orphelins,
Ni noyer dans l’écume un innocent visage,
Ni pencher sur l’aurore un regard cristallin !
Il flotte en ton idée quelques ornithogales
Et un bel albacore étourdi par le jour
Dont le ressac d’albâtre avait rendu égales
La cime hoquetée du rêve et tes amours.
Maintenant tout s’enroule autour de ta poitrine…
Hâtive, une traînée de vierges et d’orvets
Vient pondre ses flocons de bave et de cyprine,
Et là, sur ton lit froid, fleurissent leurs navets.
Louvoie, pauvre vaisseau ! ô toi, craquant sur l’onde,
Craquèlement sans fond, pauvre vaisseau, farcis
Ta coque de vins blancs, d’yeux nacrés et d’osmonde ! »
Ah ! minuit, l’heure orange, ourlée dans ses récits,
Balançant l’or, la myrrhe et ses ineptes trombes !
En vain, j’ai recherché dans la steppe un loup blanc.
Au matin tapageur, j’ai vu dessus ma tombe
S’envoler gravement mes vers et l’oliban.
L’orgueil opalescent aux transfuges s’expose
Onyx très sauvageon des réfugiés du seuil
C’est un ange ouvrier qui dans son soleil rose
Fait tourner les cerveaux ainsi qu’un râpeux œil
À fleur d’idée l’encens sur ses peaux s’indispose
Suffixe insuffisant d’un déluge au cerfeuil
C’est l’exsangue guerrier qui par son sommeil pose
Une croix de hetman sur son propre cercueil
L’orgueil incandescent rarement se repose
Il suffit d’un instant pour que sorti du deuil
Par un fort cri d’orfraie il inhale l’osmose
Des airs frais et des ors poussiéreux des recueils
Aux fleurs de chrysocale ivres d’hypotyposes
Sans joie sans ornements il parle en trompe-l’œil
Et sans parfum mais fou il atteint son hypnose
Au-delà de mille ans grâce à son dieu d’accueil
Quel profit sous la lune à fracasser sa voix ?
Un râle vient, un râle va, mais toujours nues
Nos âmes mal pavées craignent les mêmes croix
Et lorsqu’on veut danser au milieu des parvis
Ce sont les mêmes glas aux plaintes inconnues
Qui grèvent de frissons nos corps inassouvis.
À l’ombre des yuccas
Reboivent mécas quelques
De sombres mazurkas
Avec des soifs d'altèque
À longs traits d’ipéca
Sirotant des lumières
Ils noient dans la vodka
Leurs névroses trémières
Et sans crier raca
Sous leurs pluies de gingembre
Ils changent en mica
Leurs larmes de décembre
On lit dans les narcas
Qu’ils perdent la boussole
Eux répondent Yaka
Nous mettre en camisole
Du coup nul ne fait cas
De leurs chansons d'aztèques
S’ils fument l'arnica
Ils n’ont qu’à faire avecque
Ayant la baraka
Comme amie coutumière
Ils laissent leurs tracas
Passer par la jaumière
Et dans un grand fracas
De musique et de membres
Scandent lingua franca
Courbe-toi fier Sicambre
Puis lassés des yaka
Et de leurs hyperboles
Et des harmonicas
Délaissant les paroles
Ils brûlent leurs yuccas
Avec quelques plum-cakes
Et de leurs derboukas
Redansent les obsèques
Dans le couloir violet des hideurs lycéennes
Il y a l’extincteur et sa couleur obscène
Il est seul et pendu à son crochet doré
Il vomit ses rougeurs sur nos cœurs éplorés
Et il attend qu’enfin on vienne à sa rencontre
Car il est seul, pendu, dans son couloir de honte
Dans le couloir hideux des ardeurs lycéennes
Il y a l’extincteur et sa rougeur de reine
Il est comme un idiot pendu aux cœurs dorés
Il gémit ses langueurs au crochet acéré
Et il nous tend la main car il est seul et triste
Il attend que quelqu’un l’aborde à l’improviste
Dans la torpeur violette et trouble de l’étage
Il y a l’extincteur sage comme une image
Il attend le délire ou la compassion
Il veut qu’on lui fredonne un hymne à l’unisson
Car il est triste et seul, ce petit extincteur
Moi seul sais le comprendre et aimer sa douleur
« Mieux vaut être extincteur qu’élève sans
folie ! »
Dit le réservoir rouge à la foule ahurie
«
Mieux vaut chanter ses vers et passer pour un fou
Que voir un extincteur sans lui dire coucou ! »
Ceci n’est-il pas vrai, ô troupeau de limaces ?
N’entendez-vous donc pas cette loi de l’Audace ?
Que diable attendez-vous pour embraser l’espace
Des feux du lunatisme et des vents de l’angoisse ?
Ah ! mes amis, ramez ! Mais ramez donc, le ciel
Est une vaste mer où votre esquif de fiel
Doit voguer sans raison et sans soif du rivage !
Laissez-vous enivrer par le miel du voyage !
Laissez votre délire envahir l’étincelle
Et trembler dans les airs comme un fol anophèle !
Gravez sur les flancs vifs de l’extincteur jaloux
Ces mots que je dégueule aux pieds de n’importe où :
«
Mieux vaut être extincteur qu’élève sans folie
Pour ce que la folie est la fleur de nos vies ! »
Nous sommes des vivants, la terre n’est plus vide.
Hélas ! sur les sillons de cette vie cupide,
Les générations ainsi que des moissons,
Par le mystérieux vouloir de la Raison,
Montent, mûrissent et tombent; puis à la trace,
Suivent tous les autres. Cependant notre race
Insouciante grandit, s’agite et pousse enfin
Les aïeux vers la tombe. Et ce schéma sans fin
Recommence toujours. Viendra, gardons patience,
Viendra aussi le temps où nos petits-enfants
Nous pousseront dehors, pour vivre aussi leur chance.
Belle comparaison… mais c’est fort étouffant.
Le blé est comme l’homme : une seule farine,
Une seule baguette, une seule cuisine !
Boulangère, je suis un ventre et une faim ;
Je suis né pour bouffer, pauvre crève-la-faim ;
Je suis né dans les ors, il faut donc que j’achète;
Je suis né pour aimer l’odeur de ta baguette :
J’en veux une et bien cuite ! Et voilà ! C’est parfait !
J’ai plus faim mais bientôt, mon bide insatisfait
Gargouillera encor ses bulles d’impatience,
Et je devrais encor racheter la pitance,
Encor tout déballer, encor tout déglutir,
Encor la boulangère et encor mon vomir
De grotesque poème et d’impossible rire.
Je ne puis, ô baguette, adorer ton sourire…
Il camoufle toujours quelque insatisfaction.
Je ne puis, boulangère, égayer ta fiction :
Tu pétris, tu péris, tu pourris; je parie
Que tu n’y songes pas, mais moi… mais moi je prie
Que cela prenne un sens, que ce sens soit le bon,
Que ce sens soit le mien… Dieu que ton pain est bon !
N’est-il pas revenu le temps sucré des fraises
Où le rouge à la bouche et les idées en feu
Pour sacrifier son sang on réchauffe à la braise
Le phare encore éteint de nos cœurs-bateaux-feux
N’est-il pas revenu sur nos vierges copies
Le rouge incompétent des maîtres confiseurs
Qui ne comprennent rien dans leur sérieux impie
À
la cueillette rouge des fruits amuseurs
Ah qu’au lit exotique où dort la gourmandise
On rompe à la cerise et sa pulpe et sa chair
Et qu’au tréfonds des bois plus rien ne s’interdise
Ni les doigts ni la faim par les branchages verts
horloge mains midi corbeaux soleils vert banc
manteaux lundi mardi corps beaux sots lys clowns blancs
choux chabichous joujoux hiboux poux bijoux joues
mous gnous fous amours vous genoux Luxembourg moues
ton lait Marie ton lai de France marie-nous
belle amie il en est ainsi de nous nous nous
ni vous sans moi ni moi sans vous vous vous vous vous
Midi. La pluie s’abat ainsi que des aiguilles
Glacées sur les nuques, les os et les impers…
Chaque goutte argentée avec éclat se perd :
Les « ploc ploc » de Tlaloc harmonisent la ville.
Les parapluies mouillés de toutes parts scintillent,
Le sol est un miroir noirâtre et embrumé
Qui reflète en plein jour les chagrins essaimés
Quand sous l’ondée paraît l’image d’une fille.
Claire, fraîche, énergique, elle bat les pavés;
Son regard s’est noyé dans mon cœur qui vacille;
Elle est tombée du ciel où maint éclair grésille,
Et passe, abandonnant mon être ainsi lavé
Sur le trottoir humide. Et toi, liquide grille !
Tu retiens la rosée dont ma belle s’habille !
Vaste palais d’ivoire, où dort ma belle chambre,
Ton toit est le ciel bleu, tes murs le temps présent...
Alentour, tout est calme à l’image de l’arbre
Qui dans ton atrium répand ses nobles ombres.
Ma chambre est sans couleur, nul meuble ne l’encombre :
Un lit de bois, conçu comme une simple barque,
Repose en son milieu, couronné de rayons
Que miroite sans fin une rosace antique.
Dans mon palais, cherchez : vous ne trouverez l’heure
Que dans l’écoulement éternel et sonore
De la fontaine en marbre, au chant hiéroglyphique...
Écoutez, écoutez, le temps au fond de l’eau !
Nul n’est jamais venu dans mon séjour de rêve :
Seul le soleil s’invite au-delà de la porte
– Et les parfums trompeurs apportés par le vent.
Au dehors vit la vie, mais chez moi elle danse !
Je sens, dans le lointain, derrière les montagnes,
Qu’un autre monde existe et qu’il court à sa perte.
Parfois, des messagers ont tenté de me dire
Que dans ma réclusion je manquais d’horizons.
Mais je viens du lointain, j’ai vu les autres mondes,
Et j’ai su les quitter pour garder ma raison.
Là, par-delà les monts, au milieu du desert,
J’ai sauvé l’oasis de ma désespérance.
Fare qualcosa o fare niente : ces mots,
Gravés en lettres d’or sur le fronton d’ivoire,
Font d’une équivalence un semblant de dilemme;
Or moi, sans la paresse, aurais-je autant créé ?
Dans ce palais de Rien, j’ai mis tout ce que j’Ai :
Un espace infini pour accueillir ma joie,
Un caveau peint de mots et d’objets fantastiques,
Un jardin où jamais je n’enterre un Amour.
Cette nuit, mon regard s’est jeté dans ton ombre.
Marcher, te suivre, aimer ton sourire ingénu,
Et t’admirer toujours à la fenêtre sombre…
Je ne puis, ô fierté, dévisager l’air nu
Qui aurait pu vêtir nos baisers de silence.
Ton ombre à la fenêtre est un être d’effroi,
Et je reste à tes pieds, pour voir ton sein qui danse
Derrière les rideaux où tu caches tes froids
Regards. Ferme tes yeux ! Je t’adore et j’oublie
Que tu m’as oublié. Ferme encore tes yeux !
J’ai voulu quelquefois, du fond de ma folie,
Les fermer doucement avec ma lèvre en feu…
Mais ta fenêtre s’ouvre et quelque vent s’engouffre
Lentement dans ta chambre, et il porte en son sein
Ma flamme, mon poème et mon gros cœur qui souffre.
Ta fenêtre s’ouvre : ce n’est pas toi. C’est rien.
Moi, je le savais bien. Ce n’était qu’une image.
Ce n’était vraiment rien. C’était un grand mirage.

Ah ! que n’ai-je vécu dans des temps plus anciens !
Et que n’ai-je pu voir cette fille en prière !
Elle est près de son lit et se joint les deux mains
Comme pour oublier des pensées trop amères.
Regardez ses beaux yeux détournés vers le ciel
Et son triste sourire et sa lèvre amarante,
Admirez ses cheveux qui sont comme du miel
Et sa joue encor tiède et sa moue suppliante.
Songez comme sa voix saurait ravir nos cœurs !
Bénissez ses pieds fins et sa robe froissée,
Gonflez vos rêveries de ses folles ardeurs
Et redonnez-lui vie par ma lyre angoissée...
Parfois, sur les murs bleus, on voit se dessiner
Quelques fleurs aux seins blancs que le vent illumine;
Et l’homme au désespoir, sentant ses joues sonner,
Longe ces ciels de pierre en attendant la bruine.
Parfois, sous les longs doigts d’une nuit sans terreur,
On voit les bouquets blancs des étoiles rêveuses
Ensorceler l’amant d’immortelles torpeurs
Comme au lit ruisselant des langueurs amoureuses.
Parfois, sur les bancs gris de l’hiver oppressant,
On voit des baisers lents réchauffer quelque amante;
Ou bien dans le métro, quelque livre lisant
Les yeux verts d’une fille à la lèvre amarante.
_ À quand l’horizon vaste et la fumée du vin
Dans laquelle on s’attarde et qui nous époustoufle ?
Et quand la main amie à nos mots mettra fin ?
Dit la voix qui s’élève au tréfonds de nos souffles…
_ Quand le cœur sera rose et les bruits éplorés !
Répond la lune énorme au sortir d’un nuage.
Puis la voix d’un dément dans le noir égaré :
_ Quelle étrange réponse ! Et quel curieux langage !
Faisons, veux-tu, faisons du néant un festin !
Chantons, veux-tu, chantons les bruissements de l’ombre !
Et que l’herbe violette, accrochant nos destins,
Boive au vase ébréché de nos folies sans nombre !
J’ai dansé quelquefois par les rues de Paris,
J’ai cherché très souvent les reflets de mon âme,
J’ai tremblé tant de fois que mon moi défleuri
N’ose plus déverser le moindre épithalame;
J’ai nagé dans les flots insanes et pleins d’yeux
Des passants, ma conscience a éteint ses délires,
Cent fois, cent fois, j’ai dit que rien n’était sérieux
De mes airs d’ange fou, et cent fois j’ai cru rire;
Mille fois, sous la pluie, j’ai laissé s'ouvrir grand
Ma bouche et mes regards, mille fois j’ai su perdre
Ma tête au fond de l’air, mille fois déflagrant,
Mon cœur a dû vouloir, aimer, languir… tout perdre;
Hagard, traumatisé, un hasard de soupir,
Un semblant de hasard a charmé mon angoisse :
Les tours de mon château m’empêchent de partir :
Ma soif se lance un peu à l’assaut des carcasses
Qui se sont endormies dans mes tombeaux à fleurs.
Et la voix de l’amour qui relie nos ivresses,
Creusant confusément nos ventres pleins de peur,
Abandonne nos corps aux liaisons charmeresses.
Un café ? Quel prétexte ! On voulait un décor
Où quelque vérité éclabousse nos heures !
On voulait un décor, et l’envers du décor,
On voulait un adieu, qui sonne et qui demeure…
Quelque bonheur gris brille
Sur les trottoirs penauds
Que le soir de la ville
Parsème de badauds.
Et moi, fou qui chancelle
À
travers les parvis,
Les quais, les demoiselles
Et les parcs de Paris,
Moi que nul ne regarde,
Moi que nulle n’attend
Au coin des rues hagardes,
Moi qui toujours L’attends,
Je songe à l’Idéale;
Idéale et sans « non »
Comme ma Capitale.
Idéale au tréfonds.
J’épie ces jeunes filles
Qui ressemblent de loin
À
Celle que j’habille
D’ombre et d’or dans mon coin;
Mais Celle que j’admire
Dans mes yeux de douleur,
Plus que toutes respire
Mon désir... et mes pleurs.
Ce soir sur mon passage,
Je n’ai vu au hasard
Que les pâles visages
De filles sans nectar.
Mais un bonheur gris brille
Sur les trottoirs penauds
Que la nuit et la ville
Parsèment de badauds.
C’était dans un poème au milieu des lagunes
De jolis vers tombaient du ciel comme des lunes
Et je les ramassais
Aux arbres décoiffés poussaient des chants tsiganes
Qui remuaient au vent comme des charlatanes
Leurs corps et leurs corsets
C’était dans ton poème en pleine frénésie
Mes mots semblaient trop lourds pour que ma fantaisie
Les sublime en chansons
Alors je recueillais pour les mettre à la braise
Quelques branches d’humour de bois vert et de niaises
Rêveries d’enfançons
C’était notre poème au large de la vie
Tout rimait chèrement à nos claires envies
Vent arrière on s’aimait
Et dans notre sillage on voyait le tumulte
Argenté des poissons qui célébraient le culte
De l’amer à jamais
Marie silencieuse et bizarre interprète
Des signaux ahuris de mes langues abstraites
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Ô toi qui sais comment des paroles sans suite
Ruissellent savamment dans ma tête maudite
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui poses ta main sur mon front pour comprendre
Comment il brûle encore en remuant ses cendres
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui songes percluse à des livres-écluses
Qui laisseraient couler nos phrases et nos ruses
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui cueilles au vent les tiges de mes frondes
Pour qu’éclate en bouquet ma folie vagabonde
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Ô reine des adieux ô sereine captive
De la résignation et des actions rétives
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui te ressouviens d’avoir été semblable
À
tout ce que je suis - voire à l’inavouable
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui frémis toujours à l’infinie lecture
Des strates effritées de ma vieille écriture
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui sais d’un demi sourire me redire
«
Et après ? » Toi qui tiens le secret qui m’inspire
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui les yeux baissés contiens tout l’Improbable
Et roules au soleil tes soupirs immuables
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Ô toi dont les regards savent boire à ma source
Toi qui crois sans y croire être au bout de la course
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui me fais danser l’impossible tendresse
Sur les planches froides de ma jeune détresse
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui mets dans mon cœur les débris de ta joie
Toi qui mets sous mes pas la plus pénible voie
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Comme l’ancolie pure entre mille fleurs-flammes
Telle Marie jolie entre les jeunes femmes
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Comme la lampe vive au cœur des amalgames
Ainsi Marie gentille au milieu de tant d’âmes
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Toi qui par un seul mot recrées tout l’Ineffable
Maîtresse inégalée de mes chants périssables
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Ô Marie mon amour mon sang mon ellébore
Mon âge d’ombre et d’or ma mort ma vie encore
Prends pitié prends pitié de mes larmes d’automne
PRIÈRE
Que j’aille à toi Marie comme on va vers l’ivresse
Que plus rien désormais de tout ce qui m’oppresse
Ne survive à mon cri Que mon cœur ressuscite
Alors que tu dis Non Que mon verbe s’excite
À
répéter pour toi Prends pitié ô Marie
Prends pitié de mes pleurs Prends pitié de ma vie
Ô
Marie prends pitié de mon chant monotone
Ô Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Ailleurs bien loin d’ici Trop tard Jamais peut-être
Tu ne sais où je vais tu ignores mes lettres
Ô
toi que j’aime trop ô ma jolie Marie
Ô
toi qui le savais dans ton étourderie
Ô Marie prends pitié de mon chant qui résonne
Ô
Marie prends pitié de mes larmes d’automne
Prends pitié prends pitié de mes larmes d’automne
Ô
Marie prends pitié de mes larmes d’automne
I
Ce lycée, en silence, en sait long sur mes stances :
Il ressent de mon cœur les sensibles substances
Et sait espressivo souffler sur ses coursives
Mes secrets récifaux, mes amours incisives…
Au ciel éberlué, il élève un chorème
Modélisant sans fin tout ce qui encore aime
Dans mon barda de sang, modélisant, morose,
L’insidieuse raison de ma lave en surdose.
Dans mon corps coule à blanc un miel crépusculaire;
Les prochains mois d’hiver en leurs relents polaires
Mêlent à mon regard l’idée des cervelades
Que je regoûterai de mes lèvres malades :
C’est la raspoutitsa éternellement neuve.
Le lent dégel du ça qui dans mon moi s’abreuve
Accomplit, haletant, sa lutte primitive,
Et me laisse, éperdu, à ma soif plumitive.
Une allée, au-delà, ouvre à ma foulée lourde
Sa ferveur d’origine et sa volonté sourde;
Moi, d’antan liminal, maintenant comme en transes,
Je nous vois sagement sur cette allée qui danse…
II
Et tes seize ans, tu sais, veulent perdre patience…
Tu lis mes vers… Pourquoi ? Faim, soif, cris, danse, danse…
Nos douleurs simplifiées se confondent en rimes,
Mais notre ontogenèse en a de plus sublimes !
Je crois en notre aurore et je crois en nos rires…
(Resquilleurs de l’amour, craignez que tout conspire
À jaunir vos ébats !) De tes mots centrifuges
Je ne peux plus quitter l’invisible refuge !
Par mes lunes dorées veulement éclairée,
Debout, nue, et songeant à ta vie préférée,
Pèlerine sacrée, tu redis dans ta gorge :
«
Qu’il aille écrire ailleurs ses stupides éloges ! »
Tu marches, machinale, ivre et caryophyllée;
Marginale, tu suis ta désirable allée...
Et sur les crevasses de ma joie, tu t’envoles !
Mais je veux que, couchée sur tes chansons de folle,
Tu ne ressentes plus, penché sur ton épaule,
Que le feu défendu de ma main qui te frôle…
(Et quand Polyclète, pour faire ta sculpture,
Regarderait mille ans fluctuer tes allures,
Il ne capterait pas le moindre milliardième
De la beauté qui a creusé dans mon cœur même…)
Tes années de douleur, tes oraisons altières,
Personne ne comprend tes langues prisonnières.
Toi tu disais, tranquille, « On rejouera la scène »,
Tu disais « Mon Poème, on n’en sort pas indemne »,
Mais tous tes crève-cœurs, tu les mets dans ton âme,
Et tu t’en rassasies, loin de mes mélodrames.
III
Allons, aimer n’est pas facile… Ecoute, écoute :
Si tu as mal au cœur, prenons la même route;
Il faut tout essayer pour anémier nos doutes.
Ô
tais-toi, mon poème ! Et que nul ne t’écoute !
Ô passe inaperçu, petit poème… En douce,
Accomplis ton dessein… Et toi, à ma rescousse,
Fille pétrarquisée, reviens pour que s’inversent
Nos baisers virginaux et nos justes caresses.
Il y a trois choses insatiables
Et quatre qui jamais ne disent : « C’est assez pour ma joie ! » :
Mon souvenir de toi, le sein stérile,
La terre que l’eau ne peut rassasier,
Le feu qui jamais ne dit : « C’est assez pour ma joie ! »
L’œil qui nargue un orphelin au loin
Et méprise la fidélité due aux cœurs chétifs,
Les corbeaux du torrent le crèveront,
Les aigles le dévoreront.
Il est trois choses qui me dépassent
Et quatre que je ne connais pas :
Le chemin de l’aigle dans les cieux,
Le chemin du serpent sur le rocher,
Le chemin du vaisseau en haute mer,
Le chemin de mon cœur dans le tien.
Telle est l’épreuve de mon cœur enfantin :
Il reflue un sang lâche, puis se plaint :
« Je veux battre un sang de lion ! »
Sous trois choses tremble mon être
Et il en est quatre qu’il ne peut porter :
Une reine qui devient esclave,
Une brute gorgée de nourriture,
Un chien sauvage qui va parmi les lions,
Une âme aimante qui fuit ce qu’elle a aimé.
Trois choses ont une belle allure
Et quatre une belle démarche :
Le lion, le plus brave des animaux,
Qui ne recule devant rien;
Le semeur au pas balancé, ou la reine, quand elle harangue le peuple;
Et l’âme aimante, quand elle retourne boire à sa source.
Si je fus assez sot pour m’emporter
Et si j’ai réfléchi, j’ouvre les mains devant toi !
Car en pressant le cœur, on obtient la confiance,
En pressant le sein, on obtient le lait,
En pressant le verbe, on obtient la concorde.
Quoi, mon âme ! quoi, fille de mes inquiétudes !
Quoi, fille de mes plus beaux vœux !
Ne livre pas ta vigueur à ceux qui bravent les braves,
Ni tes voies à ceux qui perdent les rois.
Il ne convient pas aux rois, ô mon âme,
Il ne convient pas aux rois de poétiser,
Ni aux princes d’aimer les lettres,
De crainte qu’en créant ils n’oublient ce qui est créé
Et qu’ils ne faussent le cours des justes révélations.
Procure, ô mon âme, des boissons fortes à qui va mourir,
Du vin à qui est rempli d’amertume
Qu’il boive, qu’il oublie sa misère,
Qu’il ne se souvienne plus de son malheur !
Ouvre les bras en faveur des orphelins,
Pour la cause de tous les délaissés;
Ouvre la bouche pour embrasser, juge et parle avec justice et grâce,
Défends la cause de ceux qui ne peuvent oublier.
Ouvre ta mémoire en faveur de celui qui recherche son histoire,
Ô
mon âme, pour celle qui marche en titubant,
Taille ton sceptre d’amour et le tends vers le sommet,
Montre que tu sais aimer comme l’on doit aimer.
Quelque raison stricte dicte leurs mouvements
À mes idées à mes actions et à mes sciences
Par elle tout s’ordonne en fermes jugements
Tout s'explique et s'implique avec intransigeance
Mais j’arrache ses dents à la Lucidité
De mes entendements prudents et implacables
Moi ordinairement sage et incontesté
Je pars Et je m’enfouis sous l’Incristallisable
Le soleil a ronflé dix-huit fois dans mes yeux
J’ai compté sans compter ses sommeils apathiques
Rêverie éternelle où les pleurs religieux
Pour pâlir leurs réveils rejouent leurs chants stoïques
Feulant veules les cris de mes écrits mutants
Où les tambours du cœur sourdant des amnésies
Si ce n’est pour danser m’effleurant par instants
Exhalent par ma bouche un sang de poésie
La lune a chaviré dix-huit fois dans mes mains
Avec mes lèvres j’ai avalé dans mes paumes
Ses ultimes reflets ses adieux inhumains
Embrasant mes gorges au feu de ses arômes
Comme le vent d’autan appelé vent des fous
Je laisse faseyer la voile de ma langue
Autour du mât cassé de ma joie qui s’en fout
Et je cingle éperdu vers des îles exsangues
Comme le vent d’antan qui revient jusqu’à moi
Je pose sur la tombe un bouquet de mémoires
Des paroles rythmées recueillant mes émois
Et les laisse sans bruit lumineux offertoires
Au banquet des douleurs où s’enivrent les jours
Où se goinfrent les nuits et leurs monstres de cendres
Les pleureurs exaltés vomissent les vins lourds
Des espoirs horrifiés qu’ont bu leurs regards tendres
Mais moi je veux montrer aux Filles du Soleil
Les routes irisées par les phrases antiques
Des philosophes les cieux à l’Être pareils
Et les vagues rumeurs où mes nerfs spleenétiques
Tendus aveuglément comme de grands archets
Vibrent silencieux sans savoir leur mystère
Des mythes déflorés tels de lents ricochets
S’enroulent dans mon corps d’ineffables clystères
Les ayant injectés drogues pour cerveaux blancs
Parfois lecteur perdu dans le livre des choses
L’encre aux trop forts parfums m’offre son sein brûlant
Crachant vers moi ses traits d’amour et de névrose
Et je demeure imbu de son gros cœur ouvert
Parfois je m’abandonne insane à la Seconde
Folle du décider heurtant les fleurs de fer
De mes jardins pendus aux mortes et profondes
Babylones du moi Et j’implore inconscient
Sois toi-même Tu n’es pas tout ce que tu penses
Désires cries attends délires et ressens
Regarde Il reste encore un tour à ta démence
Châteaux d’Espagne ardeurs mots hargneux chants de fous
Insectes désastreux au creux des noires neiges
Où les regards tremblants marmonnant leurs froufrous
Voient mes herbes crispées surgir des florilèges
Moi la peur enchantée le peigneur sidéral
Moi l’amour déchanté dans la Rime hypocondre
J’égorge les raisons Je veux l’Être intégral
Sans rien mettre en exil des possibles du monde
Et dans mes mains gonflées de Vouloir et d’Agir
Je resserre le songe où la vie recommence
Je fais rouler le Grand l’Impérieux Rugir
Qui dévore les jours les nuits dans sa Démence
Mais si je veux trouver un séjour où penser
Est l’exclusive loi faut-il que je m’endorme
Oublieux de l’urgence atroce d’avancer
Oublieux du Léthé au Souvenir énorme
Est-ce au verso latent de quelque trouble enfer
Que je pourrai ravoir les tables du délire
Et l’infinie pâture où se mêlent les vers
De mes lueurs passées et de mes neuves lyres
Ma raison est ailleurs Ma raison est ailleurs
Et puisqu’il faut tout dire elle est dans l’autre vie
Dans la vie où la nuit du poète se meurt
Et lâche au soleil fou ses couteaux de lubies
Et puisqu’il faut tout dire Ô cœur déçu froissé
Cœur éternel mortel tu sais pour te survivre
Dans tes effondrements frêlement dépassés
Tu as besoin de ma Folie que tout délivre
Je rêve sous les ponts sur les murs accrochés
Des raisins de Corinthe et de noires coiffures
Tes sourires tes yeux à ma crainte attachés
Je rêve à notre amour par les rues d’Épicure
Aux bouches du métro que je n’embrasse pas
À
notre amour Paris veut montrer sa parure
Je rêve sans rêver que nous marchons au pas
Quelque part des armées doivent livrer bataille
Ici même où l’on aime on oublie le trépas
Je rêve il est grand temps tu me tiens par la taille
Et pour nous désormais il n’y a qu’un soleil
Qui se lève et se couche au rythme des semailles
Je rêve il était temps ton visage est pareil
Au rideau de théâtre on devine Eurydice
Et Orphée sur la scène entre ivresse et sommeil
On devine un Watteau faut-il que je maudisse
Ma vie qui ne sait pas te peindre les tableaux
Au cœur desquels ton cœur trouverait ses délices
On devine un veux-tu mélanger tes sanglots
À la liqueur sacrée de mes larmes profanes
Car j’accorde à ta voix mes chants à peine éclos
Je rêve ou je l’entends la tourmente tsigane
À mon amour le temps ne pourra m’arracher
Je t’accompagne amie au feu de nos arcanes
I
Sur le lit vaguement plane l’opaque éclat
Des roulis de lumière et des lents entrelacs
Deux enfants langoureux le front onirophage
Comme s’entre-mangeant l’un l’autre le visage
Se serrent cœur à cœur tout engourdis d’amour
Et dans la chambre bruit le remous des faubourgs
Les nuées-rémoras au dehors se détachent
Des soleils affamés qui bruyamment remâchent
La chair rouge et sacrée du couchant lampassé
La cohue des couleurs et des fards ressassés
Se presse aux empyrées et s’épand en syncopes
Laissant dans l’œil avide un kaléidoscope
II
Or les beaux amoureux comme deux rescapés
De ce carnage énorme où les ciels décrispés
Avaient failli servir de pâture aux tonnerres
Tressaillent maintenant d’ardeurs préliminaires
Et ils parlent tout bas sur le mou nébuleux
Du matelas qui dort sur ses flots onduleux
Ils parent soupirants leur aurore de myrrhe
Dans leurs embrassements leur mémoire s’admire
Comme dans leur miroir les regards chaleureux
Ils se caressent là en gestes stuporeux
Ivres de sentiments de désirs et de rimes
Et la douleur suprême en un mot se supprime
Puis la chambre est chauffée on sent bientôt fleurer
Tel l’encens sur l’autel les plaisirs affleurés
Épars autour du lit des souvenirs d’enfance
Le grand baiser de mai comme un seing de confiance
Tranquillement effleure et souffle son refrain
On sent dans cette étreinte un serrement serein
Quand viendra pour ces corps la ravissante extase
Qui déjà dans leur cœur a montré tant d’emphase
Transports visions ivresse exaltation beauté
Quand ferez-vous brûler vos sangs de volupté
Il faudra bien prévoir la ferveur estivale
Et vaincre par les sens son audace rivale
III
La chanson idéale au cœur des prisonniers
L’étoile d’illusion des lointains mariniers
C’est ce lit poétique où deux amoureux rêvent
Comme des rois puissants dont le château sans trêve
S’orne de nouveautés de soies de rais-de-cœur
De folies éclairées d’âtres et de blancheurs
Ce lit très poétique est un nouveau royaume
Sans remparts ni sans tours sans gardes ni fantômes
C’est le chant étoilé qui dort son doux sommeil
Et garde dans son âme un conquérant vermeil
Et là c’est comme un feu sans crachats sans emblème
Qui chauffe doucement et résout les problèmes
Un foyer symphonique où dansent par milliers
Des chimères charmées par l’espoir familier
Où volent tour à tour comme de grands nuages
L’éphémère raison et l’ancien badinage
Un foyer utopique aux contours irréels
Mais qui met dans le cœur un bonheur très réel
C’est l’amour ressenti qui éclaire la route
Qu’il a tracée lui-même avec ses peurs ses doutes
Et ses midis fiévreux c’est l’amour consenti
Le ventre plein d’idées la bouche en appétit
Et les mains empressées qui lève au crépuscule
Une hostie de soleil pour que le mal recule
IV
Les deux enfants sont seuls en leur immensité
Amants dans l’absolu voilà qu’en leur été
Sourdent des cris de joie comme des involucres
On dirait des timidités pleines de sucre
Ah quel bon sentiment que l’amour au début
Et qui reste un début et restera début
Vrai chacun jusqu’alors conservait ses phantasmes
Dans un coffre intérieur avec des clefs de larmes
Oui tous deux jusque-là vivaient dans des tréfonds
Obscurs et ténébreux où grouillaient des griffons
Mais il y eut au grand midi la délivrance
Il y eut l’Autre et la Lumière et la Présence
V
Vibrionner marcher une marche au soleil
Puis dormir tous les deux puis s’aimer sans pareil
On s’éveille on s’endort on sort on s’émerveille
La pensée fanfaronne et l’entrain qui essaye
On s’en va la main dans la main vers des banquets
Imaginés vécus et tout pleins de bouquets
Et brûlantes les joues qui glissent et qui jouent
Et joyeux les soupirs qui drôlement déjouent
On chante on sourit puis bientôt revient la nuit
Alors on se sépare et un méchant ennui
Jusqu’à la retrouvaille assombrit nos consciences
Et il faut être fort pour combattre l’absence
Ah pourtant ça revient et mieux encor qu’avant
Alors on recommence à courir dans le vent
À marcher sur les Quais à brûler des fous rires
Alors on recommence à renoncer au pire
À ouvrir sur le monde un regard partagé
Et rien ne vaut dès lors tout le malheur vengé
Flous les yeux dans le loin flou le loin dans la tête
Artistique le flou s’en fout et à tue-tête
Sans tête c’est étrange on revoit mieux c’est fou
Les blancs choux et l’on croit le blanc d’œil dans le flou
Qu’au fond tout est orange avec nos yeux-agrumes
Qui pressés dans le loin font un jus une brume
VI
La chambre des enfants est nouvelle aujourd’hui
Tout ce qui s’est créé portera ses beaux fruits
Et il n’est plus de peur de buée sur les vitres
Intérieures bientôt grandiront les élytres
Et volant loin des chrysalides les enfants
Sillonneront les sphères le cœur triomphant
Oh que le ciel du Temps pour eux sera ludique
Et tout rêveurs tandis qu’en leur âme angélique
Mystérieusement pénètre un rythme fort
Ils répètent sans fin qu’au fond tout est trop fort
À les voir on dirait que l’amour est un cube
Où tiennent seulement l’amant et le succube
VII
Mais l’apparence trompe et les mauvais démons
Chassés loin des lits blancs sont changés en phlegmons
Et par ce châtiment l’amour vrai ressuscite
Et l’amante paraît dans sa robe implicite
Et les amants parfaits dans la chambre sans bruit
S’avancent vaguement dans un roulis chéri
Et leur très lent regard tout autour d’eux se pose
Ils sont presque engourdis dans une hypotypose
Tout autour d’eux se pose un revers très hagard
Comme un vieux paradis descendu par hasard
Et dans un serrement de chairs à demi nues
De belles poésies entre eux deux s’insinuent
Dans la chambre sans bruit on revoit mieux c’est fou
Les sombres souvenirs sont ailleurs on s’en fout
Liturgique le flou s’en va et à tue-tête
On dirait qu’un grand chœur chante des silhouettes
Et des jeux de lumière avec des rythmes blancs
Les enfants corps à corps de sueur ruisselant
Se couchent dans le lit là tout près l’un de l’autre
Tout près tout près et là c’est comme un côte à côte
Ce sont des entrelacs lents et très langoureux
Des lilas blancs et bleus des reflets vaporeux
Et là les amoureux délaissant la cohue
Se pressent au soleil qui brille dans la nue
C’était sous le gibet des soleils imprévus
Où pendaient tour à tour mes saisons et mes drames :
J’amassais mûrement mille fruits pour ma dame.
Comme un vent de cristal au-delà déjà vu,
Glacée par le chant vif des nuits apomorphines,
Mon ivresse soufflait ses songeries affines,
Et l’aile de ma dame au souffle de ce vent
S’éploie, folle d’un songe immortel et rustique,
De Lyssa, de sa rage, aérage mythique !
Puis, séraphine en rut aux pailles du levant,
Son cri à tire-d’aile accourt au creux des salses
Et s’envole au sanglot des halos et des valses.
Frondaison barattant dans ses bras mes azurs
Et les fruits cristallins de mes écorces claires,
Elle roule en ma bouche un silence de pierre ;
Savant balancement jeté dans mon ciel sûr,
Elle, aux mirabilis brûlés par tant de messes,
Dont les restes de cendre ont poudré nos prouesses,
Mirée, brillante, offerte aux brames de mes vers,
Elle qui grelottait, gercée comme un pétale
De lys, sublimement de délice s’étale,
Et, comme un soleil-lys, déployée en travers,
Ombre éclatante et rousse ainsi qu’une Calliste,
Sur l’herbe humide et bleue de ma verve exorciste,
Elle teint mes sillons aux couleurs de son luth.
Alors, tout échouée des houles musicales,
Des gorges, des récifs, de la transe apicale,
Elle me drape enfin, sans avouer son but,
Et sur son sein naissant, comme ma villanelle,
Je verse, lactescent, ma douceur maternelle.
Oh tu, le sourire aigre, as du sang dans ta bouche,
Qui coule dans les vertugadins, et tes yeux,
Sertis d’asticots blancs, regardent dans les cieux
Leur regard assagi par le feu qui l’accouche.
Oh ! le cœur édenté, tu bats toujours des rêves
Dans la plaine bancale où de pâles éclats,
Ivres de lune, vacillent; mais tu es là,
Immobile et gelé, et tu n’as que tes lèvres
Pour, en vains chuchotis, et mêlées de sarrette,
Râler tes oraisons. Autour de toi s’arrête
Le menu carnaval des ombres et des jours.
Autour de toi commence à croître une nature
Atroce; aux tiges des fleurs monte la future
Sève de ton oubli, en infernal séjour.
Diables, démons, elfes, génies,
Péris, gnomes, lutins,
Qu’est-ce que ça peut faire à ma dipsomanie,
Tous vos pouvoirs lointains ?
Diables, démons, elfes, génies,
Péris, gnomes, lutins,
Qu’ai-je besoin de vous dans mes théogonies
Et mon cœur serpentin ?
Dix-sept ans à chercher des folles…
Moi, j’ai mon farfadet !
Déjà, j’ai de l’amour compris les paraboles,
Des folles leurs motets;
Dix-sept ans à chercher des folles…
Mais j’ai mon farfadet !
Et il me suffirait, afin qu’il me console,
De dire sous mon dais :
Oui, tu l’auras ton bol de crème,
Et ton gâteau de miel,
Si tu m’apportes-là et les flux du saint Chrême
Et tout l’amour du ciel;
Vrai ! tu l’auras ton bol de crème,
Et ton gâteau de miel,
Si dans mon cœur enfin tu mets tout ce qu’il aime
De bon et d’essentiel.
Diables, démons, elfes, génies,
Péris, gnomes, lutins,
Qu’est-ce que ça peut faire à mes douces manies,
Tous vos jeux enfantins ?
Dix-sept ans à pleurer des folles…
Mais j’ai mon farfadet !
Et dans mon cœur il met tout ce qui me console,
Tout ce que j’attendais.
Toi, le prophète imberbe,
Ravaudeur d’Incertain,
Dans ta coupe superbe
Tu crachas ton destin.
Toi que l’amour enherbe
D’énigmes de satin,
Tu coupes la male herbe
Avec ton noble instinct.
Et quand pousse l’Aurore
Que ta lèvre élabore,
Ton malheur enfantin,
Comme une rime apprise
Dans ta ballade éprise,
Se repose et s’éteint.
Je ne reviendrai plus le soir pour t’embrasser
Le temple des Soupirs trop souvent se profane
Visions tristes et crues du couchant angoissé
Ton diadème de fleurs sous mon soleil se fane
Le temple des Soupirs trop souvent se profane
Chaque amour perd l’espoir dans un séjour glacé
Ton diadème de fleurs sous mon soleil se fane
L’astre fuit dans ton cœur en rayons menacés
Chaque amour perd l’espoir dans un séjour glacé
Un gouffre d’amertume où les pensées ricanent
L’astre fuit dans ton cœur en rayons menacés
Ma douleur s’évertue quand ton cœur se condamne
Un gouffre d’amertume où les pensées ricanent
Tout s’abîmera là comme un hymne oppressé
Ma douleur s’évertue quand ton cœur se condamne
Je reviendrai la nuit en rêve t’enlacer
des cheveux lumineux dans les rues de Paris
Paris qui cuve en vain son vin de souvenance
souvenance à la fois très vague et comme en transes
transes du ventre ombreux et des seins de la nuit
nuit qui est une femme aux regards déjà vus
vues et pleurées encor ses lunes orbitaires
orbitaires blanches folles ainsi qu’amères
amer ô ce cri-là ce cri de l’imprévu
imprévu ce sera car je ne prévois rien
rien ne m’est révélé il me manque les causes
causes qui me créeront bien des métempsycoses
métempsycoses et longs aboiements de chien
chienne de ville et morne nuit où crèvent mur
mures et bruissements de mon cœur sans chamade
chamade n’a plus cours cœur en capilotade
capilotade et dépotoir de mes yeux sûrs
sur le miroir figé du firmament noyé
noyé sourd et pensif mon œil au fond d’un verre
verres bien coloriés d’alcool et de lumières
lumière et kaléidoscope aux dix sept pieds
pieds coupés mains en sang des larmes ruisselant
lentement sous mes joues un bouquet de fleurs mortes
mortes comme mes mains le parfum des voix fortes
forteresses et tours châteaux de mes relents
relents d’horreur et d’or au creux des bals
balbutiements cruciaux des robes défroissées
défroissées sont mes mains la ville est effacée
et facéties très floues de la fille-œil-métal
métalliques les eaux les fumées les vins bleus
bleues les fleurs du décor de mes hymnes difformes
dix formes dix sept pleurs et treize chloroformes
clore aux formes mes yeux clore mes fonds sableux
sableux et furibards les trottoirs de Paris
Paris ferme ses yeux imbus de féerie
et rit en s’endormant moirée est la tuerie
tout rit quand je dérime et quand j’écris Paris
Décembre décembre décembre
Les trottoirs de Paris sont trempés comme hier
D’eau noire et de passants recrachés par l’hiver
Et toi ivre d’ennui que fais-tu de mes vers
Quand tu chancelles dans ta chambre
Celle qui reste un grand secret
Au beau milieu du jour au cœur de la lumière
À quoi pense-t-elle en pantelant - Parolière
Dans son lit blanc - Des lys de ma lyre étrangère
Celle qui reste et m’apparaît
Combien tue-t-elle en solitaire
D’oiseaux lourds à cristaux qui brillent dans le ciel
De flocons minimaux sur les lacs de son fiel
Et de rythmes anciens chargés d’ombre et de sel
Comme on en sent parfois sur terre
Ce sont des fillettes qui meurent
Les vois-tu dans ce champ nourries d’air et de cendres
Les dents brisées par les graviers Et dans leur ventre
Le feu assourdissant qui ne doit plus attendre
Ce sont ces fillettes qui pleurent
Le vois-tu dans ce champ immense
Le temple imbu de mort qui n’a pas retrouvé
Dans les cœurs juste éteints le parfum trop rêvé
Des fillettes d’antan leurs pleurs inachevés
Le vois-tu ce temple qui danse
Nous sommes ceux du vieux jardin
Le creuset de nos mains s’est lavé de la ville
Et nous éployons des frondaisons plus tranquilles
Dans nos veines givrées par le froid difficile
- Chien qui mord d’un croc anodin
Nous sommes ceux de l’outre-monde
Nous ne demandons rien Nos deux cœurs qui s’entraînent
À aimer ne voient pas encor les sorts qu’ils sèment
Mais ils verront après l’hiver comment s’entraiment
Deux cœurs perdus dans l’outre-monde
Dionysos Tandis que je bois
Elle parle d’amour Et les lettres que je
Lui écris restent là On est seul Rien ne bouge
Dans cet hiver On parle Et dans le doute où je
Clame Ô-aristys je la vois
Mais si Parle d’amour encore
Et trois fois dans ton chant fais refleurir « Il faut
Que tout ceci s’arrête [et monte à l’échafaud
De l’hiver porte-à-faux] » Tes hymnes triomphaux
Mêlent mon âme à ton aurore
Dionysos Tandis que je crois
Toi tu parles d’amour dans ton lit plein d’absence
Tu retournes ta tête On est seul Et tu penses
Lunatique de nuit Mon espoir n’est pas rance
Dionysos tes vins prennent froid
À l’ombre de ta chambre close
Qui redit tout le temps son refrain de plafond
Tu retournes vers moi tes yeux noirs et profonds
Qui sait Tu liras Nietzsche En fait tu te morfonds
Tu bois encor de sombres choses
Tu bois encor de sombres eaux
Reconnais-tu ce livre où meurt page après page
Le flot platonicien Dix-neuf ans À quel âge
Aimeras-tu l’hiver Morin « L’homme est fou-sage »
Paradigme perdu au zoo
Mais nous buvons d’autres rinçures
Tu dis Ma flamme est morte et moi mon feu est fou
Vouloir est immortel Aimer reste un peu flou
Quoi je parle de moi Morin Nietzsche on s’en fout
Parler de nous ça nous rassure
Vrai Amore non lacrimis
Animi vincuntur Allons disons n’importe
Quoi Et profitons que Virgile ne s’emporte
Pas pour faire sonner le prénom que tu portes
Comme celui d’Amaryllis
Onté onté la vol
Onté onté la volonté
La vol la vol
Té té la vol
On
Té la volonté
Toujours voudra LA VOLONTÉ
S’il fallait revenir aux Irréels d’antan moi je vous montrerais
Comment les yeux voyaient des stalactites d’or au lieu de vos fleurets
Moi je vous montrerais l’index en érection comment des personnages
Pouvaient vrombir d’espoir de rythmes cravachés et de rouge aux visages
Comment la volonté montrait ses étendards aux desseins exaltés
Déguisant ses moyens en danseuses du soir et sans finalités
Comment tout sautillait de pupille en jonquille avec le cœur à l’âme
Et comment les ressacs arrachant des lubies changeaient vos peurs en flammes
Aux Irréels d’antan les fenêtres du temps n’ont jamais de balcon
Et s’ouvrent grandement sur des champs louangés où l’on rit par
flocons
L’espace est un secret murmuré quelquefois sous forme de caresses
Sur les voies affairées paissent quelques quatrains à très
grande vitesse
Et les vaches boisées les regardent passer en baillant au soleil
Tous leurs yeux acérés sont des vide-vite qui laissent les sommeils
Filer à flots follets et s’épandre en douceur sur leurs esprits étranges
À l’horizon parfois tremble un rideau brumeux tissé de mots oranges
Ab hoc et ab hac les jeux ne sont pas bâclés et qui passe ses
clefs
Au pâtre a droit d’ouvrir le cœur de Cléopâtre et ses
rêves bouclés
Il pleut quelques carrés parfois sur les têtes froufrous des quatre
villes
Amour-lès-Tendresses Béguin-en-mer Ébats-les-Bains et
Belle-Idylle
Balibo loboba il but l’eau de là-bas
Et l’habit Babylone alibo babilla
Dans ma bouche louchait lagaxa tagaxée
Maracan maracan nos douches relaxées
C’était le grand pojo qui mangeait des lilas
Et d’ailli ou d’ailla ça changeait la plaja
Si bien que maracan la pojeur redressée
Dut glisser l’eau la lie dans l’ordalodyssée
Celle qui mord la corde ancienne des frissons
Et force à l’unisson ses cohortes vocales
Celle qui tire au flanc les flots de l’eau buccale
Et tord leur front tout blanc aux marines chansons
Celle qui sort le soir sur le pont des navires
Et voit que la nuit dans ses narines chavire
Celle qui danse encor maintenant sous mes yeux
Et s’étourdit sans fin dans les profondes cales
Celle qui croit à corps perdu aux lupercales
Et qui reboit son vin à l’escale des cieux
Celle qui virevolte à la proue à la hune
Et qui rêve aux poissons argentés sous la lune
Celle qui ne dort plus ivre de craquements
Et bercée du roulis détraqué des tempêtes
Celle qui tourne vole et avale sa tête
Celle qui oublie tout au moindre embarquement
Celle qui brûle et parle aux plus hautes comètes
Et qui reprend le large ainsi qu’aux jours de fête
Celle qui tremble en moi sur son plancher de bois
Celle qui sans émoi des récifs noirs s’approche
Celle qui le cœur vif au premier mât s’accroche
Et qui hurle et qui meurt en dehors de mes bras
C’est la fille au long cours celle du capitaine
La noyée des grands fonds mon rêve ma sirène
Comme des éléphants traversant les espaces,
Mes battements de cœur vont au cœur d'une garce.
Chercher l’amour voisin, chercher, trembler, souffrir :
Les devoirs d’'un amant m’ébranlent à mourir !
Je sais tout ce que vaut l’espoir qui me burine,
Et qui bat comme un pas dans ma pauvre poitrine ;
Je sais que sous le ciel tout amour est d’un fou,
D’un éléphant, d’un sot ou d’un esprit trop flou ;
Je sais ce que d’un cœur tant d’amour peut extraire
De faim, d’inspiration, d’envie de se distraire,
Et qu’aux cieux infinis et infiniment bleus
Il fait redire encor ses essors fabuleux.
Mais passant pesamment par les chaudes savanes,
J’ai laissé la chaleur appesantir mon crâne.
Un souffle, par-delà moi soufflant, triomphal,
A soulevé mon cœur d’un élan lacrymal.
Comme des éléphants traversant les espaces,
Mes battements de cœur vont au cœur de la garce.
Elle aime énormément ! mais elle ment aussi :
Sa bouche largement répand tous mes soucis.
Par sa bouche s’en vont de nombreux pachydermes,
Mensonges sans défense hérissant l’épiderme,
Et dans mon cœur d’ivoire, où elle a son abri,
Subitement, sans prévenir, elle m’a pris.
Ma triste Ibti, hélas ! ton cœur est plein d’errances.
Tu ne vois d’où tu viens, ni ne sais où tu vas,
Et je sens l’Incertain devancer tous tes pas.
Marches-tu à tâtons vers ta pauvre espérance ?
J’ai senti s’écouler tes larmes de souffrance,
Chargées de peur, de doute et ne devinant pas
Que de joies en chagrins et de vie en trépas,
Elles creusent pour toi des voies de délivrance.
J’aimerais qu’à ta bouche exhalant sa musique,
Un lointain enthousiasme ensorcelât ton sein,
Et que dans ton regard brillât l’amour antique,
Comme des rayons d’or traversant par essaims
L’horizon de la mer après cent nuits d’orage,
Et que l’âme, en pleurant, contemple du rivage.
Sur l’oreiller glacé dorment tes cheveux noirs,
Lisses comme des crins et, comme le plumage
Du corbeau d’Edgar Poe, plutonien hommage
Aux secrets de l’Amour, luisant dans le soir.
J’observe ton image, ainsi qu’en un miroir :
Ta joue chaude est paisible, enfoncée dans un rêve
Plus lointain que l’aurore, et ta bouche sans trêve
Expire avec fatigue ou respire d’espoir.
Tout à côté de toi, je viens me reposer,
Nos deux pauvres chaleurs dans le lit se partagent
Et mes yeux refermés s’en vont tout épuisés.
Je ne sais où je suis, ni dans quel paysage,
Mais je prie mon sommeil, s’il est sans lendemain,
De m’emmener vers toi, sur un même chemin.
Raphaëlle ! à sourire aux enfants unanimes
Qui courent sur le sein par ton humeur gonflé
J’ouvre le jardin grand de leurs cœurs essoufflés
Et ne mettrai mes mains sur l’heur que nous leur fîmes
Amour il fait si beau et je t’écris des rimes
Ni la couleur des joues ni leurs jours aveuglés
N’éteindront l’hymne fort de leurs jeux révélés
Avenir ! avenir ! Tant d’amour me ranime
Aime-moi… toi de qui tous les vœux emmiellés
Aux creux larges et doux de mes mots rassemblés
Se mêlent à la ronde en rêvant de comptines
Aime-moi… pour qu’au jour du grand partage ailé
S’éveille au fond de moi l’enfant ivre et comblé
Raphaëlle aime en moi le cœur qui te butine
Un jour, par les prés verts, tes cheveux d’astragale
Joindront à la rosée la fraîcheur qui t’égale
Et mêleront au lit des herbes et des fleurs
Ton parfum plein de nuit et la forme des pleurs.
Un jour, par les prés verts, tes cheveux d’astragale
Passeront du matin l’espérance et l’ampleur.
Par les reins des vallons, je vois s’enfuir une ombre,
Comme un fauve à l’orée d’un bois que l’aube
encombre.
Ton cœur dit sa prière et tout va s’embraser…
Comme au cœur de l’amant, d’où s’envole un baiser,
- Vois par tes reins s’enfuir mes terreurs en surnombre,
Un loup s’enfuit, mon cœur, à toi de l’attraper !
Ton jour s’aime en mon jour, - tous deux dans les collines
Sèment leurs beaux rayons d’un geste inespéré.
Un cœur s’enfuit, mon loup, à toi de l’enserrer !
Mon jour s’aime en ton jour, tous deux dans nos collines…
Découverte, et son tronc déconcerté d’adieux
Sur les rocs, découverts, qui déchirent mes yeux,
Ses houppes de lychnis poudrant d’amour mes zones,
Raphaëlle a, domaine apostasié, des aunes,
Assemblées de feuillage enabracadabré,
Aux branches chevelues où le cheval cambré
De mes plaines déchues, passant ses deux colonnes,
Roule un astre ahuri dans son doux portelone,
Sourde orée qu’a ouverte un feu déharnaché…
Ah ! ses pays mordus de baisers haut perchés !
Que de soulèvements ! Quelque vif Styx s’écoule,
Que ne frôlera plus ma lèvre ni la houle
Inconstante : mon temps à ses sangs emmiellés,
Comme la lune à l’or, chaudement s’est mêlé,
De sa voix avançant l’épanchement bachique,
Quand des parterres clairs les papillons nordiques,
Calmissant la mer chue des bleuies frondaisons,
Par mon caïque absout glissent vers sa toison.
Cimes ! poème ! absence émoussée ! belle esquisse !
Perfide aimée ! Carène aux tiges des abysses !
Et dans mes résédas, assagi, son sein nu.
Mon château, délivré de ses doutes cornus,
Ouvre au preux avenir ses neigeuses étreintes
Et ses tapisseries, aux morfondues éteintes,
De qui les faux reflets et les drames de qui
Referment d’un soupir nos livres alanguis.
Ses houppes de lychnis poudrent d’amour mes zones,
Et Raphaëlle a mis dans mon jardin ses aunes !
Elle aime ! ou vois-je en moi les reflets d’un séjour
Où sa lèvre à ma lèvre a posé ses amours
?
Elle aime ! ou sont-ce ici les échos d’un faux âge ?
Tout un éclat me montre, en plus d’un cher visage,
Mille rêves pliés quittant mes vieux sommeils ;
Son cher éclat m’emporte en un claustral soleil
Où prient les mille enfants, au matin qui nous pleure…
Et la foi de ce règne, où maint lychnis m’effleure,
Aux cœurs de Raphaëlle espère croître et voir
D’un regard éternel d’éternels ourdissoirs !
Ainsi que l’océan, majestueusement
Étendue et roulant sa chair comme des vagues
Dans le fond de mes yeux, elle couve aisément
Des houles acérées comme de grandes dagues.
Puissante infiniment, elle enivre mon cœur
D’un hymne de marin. Sous ses frêles paupières
Déborde en sanglots lents sa lointaine rancœur.
Et jamais mes baisers n’exaucent ses prières.
Moi, devant l’énergie de ses nobles tourments,
Qui ferait éclater des roches granitiques,
Je me brise sans fin dans ses embrassements;
Car elle sait mêler mes élans chaotiques
Aux bercements cruels de ses flots amoureux
–
Son sang, son sang sacré qui s’écoule des cieux !
Ra
Pha
Ëlle
A-
T-elle
Le cœur
D’humeur
À
lire
L’ardeur
Des Lyres ?
Car l’ennui
Aujourd’hui
A fait naître
Ces mots-ci,
Ces vers piètres…
Dehors, il pleut
Et dans mes yeux
Les larmes brillent :
Seul, malheureux,
Mon cœur vacille.
Son parapluie fou,
Teint de mille cou-
Leurs (vert, bleu, blanc, rose…),
Grand ouvert, adou-
Cirait l’air morose.
Mais pour guérir mon cœur
J’admirerai par cœur
Sa photo prise à Lille
–
Sa photo dans un cœur
Où l’Amour s’écarquille.
Toute la musique folk
Et l’ivresse de cent bocks
Ne laisseraient pas moins seule
Mon âme. Et j’attends qu’un rock
Fuse hors de son tin whistle !
J’attends. C’est long. Je couds au fil
De mon impatience l’il-
Lusion qu’elle est là. L’Irlande
Allonge sous ses pieds subtils
Ses gazons frais, comme une offrande.
Les nuages lui jouent dans le ciel
Le drame bleu, blanc, gris sans lequel
Son esprit se perdrait dans l’image
De l’hypnotique mer – cet autel
Où les yeux amoureux font naufrage.
Dons du soleil ! ô rayonnements blonds !
Vous inondez, comme ses cheveux longs,
Son cher visage et ses épaules nues.
Mon regard s’est posé sur ses seins ronds,
Sous son pull bleu que l’aquillon remue.
Nous marchons sur la côte et ses doigts tremblants
Dans ma main comblée ne font guère semblant
De s’agripper fort, comme à la vie future.
Je les tiens bien au chaud. C’est un peu troublant
–
C’est comme de tenir toute la nature.
Nous marchons sur la côte et chacun de nos pas
Précipite au passé et – qui sait ? – au trépas
Notre chemin commun et l’union de nos rêves.
Je tiens sa main au chaud… ou bien peut-être pas :
Peut-être suis-je seul à rêver sur la grève.
I.
«
Dans les rues de Paris lancée comme une flamme,
Belle, avide, songeuse, et vivant comme un drame
Que l’éternel poète écrirait fièrement,
Anna faisait danser, ainsi qu’au firmament,
Mille idées saugrenues dans son esprit gracile,
Et c’est à peine si, de ce grand vaudeville
Qu’est la vie parisienne en ce siècle naissant,
Elle eut le sentiment bizarre et caressant
D’être le preux témoin et l’illustre gardienne,
Cependant que l’infime et frêle phénomène. »
II.
Voilà ce que disait intérieurement
Un gai poétereau, ami des flamboiements,
Qui voulait raconter en vers et belles rimes
La simple vie d’Anna dans ses détails intimes,
Subtilement, d’un œil aimant et « naturel » ;
Mais c’est par le roman de votre ménestrel,
Et non pas autrement, que ma chère héroïne
Touchera désormais de sa joie sibylline
Le cœur d’une lecture amorcée par hasard
Tandis que vous cherchiez un tout autre objet d’art.
À giorno tes pupilles
Comme deux soleils noirs
Aux iris de mon cœur
Jouaient les girandoles
Le printemps s’éparpille
Et change en promenoirs
Nos anciens crève-cœurs
Et nos males idoles
Jusque dans les obscurs chemins de l’amnésie
Tu marchais sans parler d’un pas antécédent
Malgré ce que ton cœur comptait de fantaisie
Jamais ne s’en revint ton soleil imprudent
Jusque dans les azurs de mes soûlographies
Tu mélangeais tes peurs pour voir en attendant
Malgré tant de chaleur mon sang se statufie
Jamais tu ne revins dans mon buisson-ardent
Pour un ciel dévêtu s’allongeant lourdement
Ecrasé comme un vice au lit des courtisanes
Et qui laisse têtu tous ses commandements
Il naîtra sur la terre aigre un poète insane
Puzzles d’orange, de pomme et de caroube !…
Vestiges de chair à l’odeur délicate et fraîche,
Souvenirs exhalés des coupures nécessaires,
Écorces, auréoles immangeables des fruits les plus sublimes,
Écorces, ces seuls manteaux qui commémorent
Dans les crépitements du feu
La saveur dont la bouche n’a fait qu’une bouchée…
Mon pauvre corps, tu es aussi une pelure,
Et toi aussi, carcasse de ma pensée;
Comme vous cachez bien tout l’amour de mon cœur,
Comme vous gardez ce goût du sang et du jour !
Tout cela me protège,
Fragile et prêt à être dépecé,
Plus confiant que toutes les forteresses,
Et pourtant amer, infâme –
Oh la pauvre pelure de l’âme et du corps !…
Bogues friables, coques débiles qu’on casse et qu’on concasse,
Bribes savamment décharnées, morceaux orphelins, désolés,
désolés;
Voilà pourtant qui demeurera plus longtemps que ma voix dans la dernière
demeure,
Voilà qui trouvera à résister encore
Quand, pourri, mort, je n’aurai plus de vers à goûter, ni
de fruits à décrire,
Et quand les vers sauront mieux que moi le goût de la terre qui me couvre.
Ô pelures ! pelures !…
Réserves de tous les goûts après que les bons fruits ont été consommés
!
Sans leur saveur originelle, êtes-vous mes songes ou mes pensées
?
Souvenirs exotiques ou grappes mûres du désir ?
Du moins ce que j’écris garde le zeste et le parfum de toutes
mes chairs décomposées…
L’assassin était doux
Avec toutes les dames
Il les pendait au bout
D’une corde de soie
On le mit dans un trou
Parce qu’il était mort
Mais le trou vit encore
Ce qui est plutôt rare
Changer le poulet au curry
En poulet au curare
Nous nous aimâmes.
Nous enfilâmes
Une même âme.
Sous les sabots d’un beau cheval
–
Oh, c’était le soir d’un grand bal ! –,
Je trouvai un essaim de guêpes
Qui piquèrent ma demoiselle
Et, gardant une dent contre elle,
Sous ses guipures se planquèrent.
(Elles faisaient dans la dentelle…)
Le lait du chèvrefeuille
Dégoulinait des seins
De feue Marie de France
Le feu gémit d’aisance
Au cœur du marcassin
Couché parmi ces feuilles
C’est mon ventre qui pleure.
Tout est sourire, ailleurs…
Que je sois, que je meure,
Le problème est en fleur !
C’est mon ventre qui danse,
Crevant ses impatiens.
Que c’est vrai, quand j’y pense :
Je fais des contresens !
C’est mon ventre qui crise ;
Pas de vie sans gin-fizz !
Qu’entend-on sous la brise ?
« Pas de vie sans mes quiz ! »
C’est mon ventre qui roule :
Ouais je sais, je suis soûl…
Mais voilà, ça défoule :
Enfin, j’ai vu Vesoul !
C’est mon ventre qui gèle :
Faut voir comment le miel
En glaçons s’écartèle !
Voir comment tout ce fiel
Dans mon œil s’arc-en-cièle !
Et puis toujours ce sel
Qui songe en étincelles,
Et puis toujours ces L
Qui riment avec Elle…
Elle est pas si Sorel,
Tout juste artificielle,
À peine un bout de ciel ;
On dirait qu’elle excelle
À manier les scalpels :
’ Fait pas dans la dentelle…
Mais chantons l’essentiel :
Courir les demoiselles,
C’est pas très officiel…
- Choses confidentielles… -
On veut voir l’archipel
De leurs désirs tout frêles,
En fait c’est sans appel :
Faut laisser les oiselles
Dans leur cage de ciel,
Faut ravaler son zèle,
Ravaler l’hydromel,
Ravaler ses prunelles,
Ses cris universels,
Revalser les gazelles,
Remplacer les cruels
Désespoirs par des ailes,
Du latin ou du Brel...
Ô porte-jarretelles,
Je vois les sens auxquels
Vous lancez vos ficelles,
Je vois comment Babel
S’érige, intemporelle,
Ainsi qu’un sexe auquel
L’introuvable pucelle
Aurait lu le Missel
De son sexe-chapelle…
Causons donc du véniel !
J’ai vu une donzelle
Dans un lieu passionnel
Se livrer sans querelle
Aux plaisirs corporels…
J’aperçois pêle-mêle
Ses éléments charnels :
En un mot ses mamelles
Et ces machins auxquels
Des gestes en kyrielle
Peuvent montrer le ciel ;
Je vois que la femelle
Fait un vœu fusionnel...
(À ces jeux, elle excelle !)
Eh quoi, c’est naturel !
Qu’elle roule des pelles
- péché originel... -
Ou qu’elle démantèle
Des remparts sexuels,
Je sais qu’elle ensorcelle !
Mes vers obsessionnels
Ont affolé la belle :
Dans un chant pulsionnel,
Je dis : « Mademoiselle !
Jusqu’au dernier pixel,
Je jouirai de vos belles
Guirlandes de Noël…
Je sais, je vous harcèle.
Mais je suis Guillaum’ Tel !
Quand il faut tirer telle
Ou telle, eh bien l’appel
Très vite se détèle !
(Comme sur Minitel…)
J’ai vu dans ses yeux frêles
Des tourments éternels,
Des mondes parallèles,
Des coïts au pluriel,
Des lacs pleins d’infidèles,
Des cris exponentiels,
Et des chants de crécelles…
Comment croire au réel
Quand l’amour bat des ailes
Et se change en bordel ? »
La ville est assoupie
Et dans mon cœur tant pis
Si comme une toupie
Ça tournoie sans répit
Je m’en vais par les sphères
Vers le ciel ou l’enfer
Tout cela m’indiffère
À moi la brise-fer
Sur mon tapis magique
Qui vaut tous les spoutniks
Je vole féerique
Loin des loups et loustics
Sur mon tapis de folle
Que je tiens sans licol
Adieu les acropoles
Et mes lourds ras-le-bol
Adieu Terre amphibole
Et tes cent mille alcools
Adieu sans hyperbole
Amoks et gaïacols
Adieu mortes gondoles
Adieu fous tournesols
Adieu viles idoles
Adieu yoles et trolls
Adieu les farandoles
Les très vieux rock’n’roll
Adieu molles corolles
Bagnoles et bémols
Adieu cols et bestioles
Paroles parasols
Torgnoles gaudrioles
Auréoles et fols
Adieu mes paraboles
Guiboles sex-symbols
Adieu mes fariboles
Mes cobols et mécols
Adieu ma bonne école
Mes versions mes Gogol
Ma bricole et mes khôlles
Adieu mes vitriols
Adieu mes quicamboles
Mes dyscoles algols
Mes fioles ignicoles
Mes vols de rossignol
Babioles et rougeoles
Oboles et Tobol
Adieu cavernicoles
Adieu dièses et sols
Adieu dulçaquicoles
Eole et Rock-en-bol
Batifoleurs d'ostioles
Rubéoles et dols
Adieu les carmagnoles
Torgnoles baby dolls
Tricoleurs floricoles
Et couleurs de schéols
Adieu gnolles coupoles
Lucioles et mariols
Girolles de traviole
Viroles et pyrrols
Argols et nucléoles
Furoles et grands gols
Marolles et cajoles
Moles et propergols
Tartignolles glorioles
Cabriole au formol
Créoles alvéoles
Xylols et komsomols
Adieu étoiles folles
Oh gué j’ai sur les sols
Ma folie qui somnole
Mais voyez mon envol
Voyez comme on raffole
Des tapis espagnols
Qui s’envolent frivoles
Sous mes cieux de kohol
Voyez comme on rigole
Au gré des vents du bol
Et comme en camisole
Mon tapis au menthol
S’isole et se survole
Voyez qu’à l’œstradiol
Plus besoin de boussole
Ni de moyens grisols
Je vais à la vanvole
Hors des tristes sous-sols
Et rien de malévole
Ne vient près de mécol
Sur mon tapis je vole
Le cœur l’aimant cécol
Et jamais ma gloriole
Ne connaîtra bémol
Now that University is your Lot, you’re Lost in Translation!
I hope it’s all exaltation,
Far from clankum and blankum,
I hope it’s all Spring & Heaven & Joy,
With fun, roaring
Poetising,
Sky-reading,
Literature-staring,
Sauntering,
Transmogrifying,
And that you ride the tune of streaming rapture -
Those whispering,
Stroking,
Infuriated
Texts
With no Eyes
Or Eyes that stretch through human glades.
I hope your inner escarpments
Lead you to unwearying constellations,
I hope your mind-driven clouds
Rush to unravelled Contemplations
And soothe you better
And fortify you & fructify you, much more sumptuously I vow
Than the sap of consciousness
Or the sesterces of “modernity”,
Or heart-killing pop-writers’ insane pages -
For me they all produce monkeys.
And the very first moment one walks down the stairs of Poetry
A raw Rumor starts rumbling.